Vers l'équilibre…

De l’excès à l’équilibre

article sur la compulsion, le manque fondamental et l'équilibre

« A propos de chaque désir, il faut se poser la question : quel avantage en résultera-t-il si je ne le satisfais pas ? » Epicure

Hier soir, je discutais avec un ami qui sort beaucoup, et je lui demandais dans quelle mesure ce n’était pas une fuite, une façon de rechercher son équilibre loin de sa famille. Ce dont il a convenu… Il était dans un syndrome de compulsion de sorties. Je me suis alors interrogée sur les notions d’excès, d’équilibre et de comportement d’addiction.

Passion ou addiction ?

Il y a plusieurs types de compulsions et d’addiction, et elles peuvent même être très spécifiques et personnelles. On peut souvent les confondre avec la notion de passion. Le point commun, c’est que c’est quelque chose qui nous attire, qu’on aime faire par dessus tout. Cela devient problématique quand il y a une notion d’addiction, d’excès, d’attachement dans le sens « agrippation » : on tombe dans sa passion, quelle qu’elle soit, sans pouvoir s’en passer, on se sent bien sur le moment mais si vide quand l’activité s’arrête… (puisqu’au fond elle est un dérivatif et ne résout rien…) Cela devient insidieusement une envie répétée et irrépressible, un asservissement¹. 

Voir aussi ¹ La thérapie de l’hibernation      Bien (se) conduire sur le chemin de Vie       Les paroles s’envolent, les écrits restent

Des compulsions connues… et d’autres plus insidieuses

Bien sûr, quand on parle d’addiction ou de compulsion, il nous vient spontanément à l’esprit l’alcoolisme, la dépendance à la cigarette ou la drogue¹, la boulimie… Mais il y a aussi d’autres dépendances, plus « cachées », mais qui posent d’autres problèmes d’excès : l’addiction au sport, au sexe, aux relations amoureuses², à la surveillance alimentaire (orthorexie), à la lecture, aux médicaments, aux consoles de jeux, à sa voiture, à son intérieur, à certains objets, à la télévision, à son couple³, à son téléphone⁴ (voir aussi l’article de Léo Babauta sur l’addiction au téléphone), au travail⁵, au jeu, aux achats et au shopping, à la fusion avec ses enfants⁶ , aux sorties, aux réseaux sociaux ⁷ …

Voir aussi    ¹ A la rencontre de son animal totem    ²  Sexe sans conscience n’est que ruine de l’âme…     Aimer… ou être amoureux de l’amour ?    ³ L’allégorie de la grenouille cuite à petit feu    ⁴ Débranchez !     ⁵Savoir s’arrêter à temps    ⁶Des racines et des ailes    ⁷  Se perdre dans les méandres des réseaux sociaux  

A quel moment bascule-t-on dans l’excès ?

Le point commun entre toutes ces addictions, c’est bien sûr la notion d’obsession, d’excès, de déséquilibre, ou de boulimie. Ce n’est pas la gourmandise qui est un problème, c’est la gloutonnerie… « Il ne s’agit pas de couper le désir, il s’agit de couper l’avidité. » Jacques Ferber.

Le comportement devient addictif quand on ne peut plus s’arrêter, qu’on devient obsédé par sa passion, qu’on ne parle et ne pense plus qu’à cela, au détriment d’autres plaisirs et d’autres activités. On perd sa liberté, on devient prisonnier de son obsession¹.

Pour être vigilant, et s’auto-analyser ou analyser son entourage, des critères d’addiction applicables à l’ensemble des comportements (avec ou sans produit) ont été proposés en 1990 par Aviel Goodman (psychiatre américain) :

A. Impossibilité de résister aux impulsions à réaliser ce type de comportement.
B. Sensation croissante de tension précédant immédiatement le début du
comportement.
C. Plaisir ou soulagement pendant sa durée.
D. Sensation de perte de contrôle pendant le comportement.
E. Présence d’au moins cinq des neuf sous-critères suivants :
1. Préoccupation fréquente au sujet du comportement ou de sa préparation.
2. Intensité et durée des épisodes plus importantes que souhaitées à l’origine.
3. Tentatives répétées pour réduire, contrôler ou abandonner le
comportement.
4. Temps important consacré à préparer les épisodes,
à les entreprendre ou à s’en remettre.
5. Survenue fréquente des épisodes lorsque le sujet doit accomplir des
obligations professionnelles, scolaires ou universitaires, familiales ou sociales.
6. Activités sociales, professionnelles ou récréatives majeures sacrifiées du fait
du comportement.
7. Perpétuation du comportement, bien que le sujet sache qu’il cause ou
aggrave un problème persistant ou récurrent d’ordre social, financier,
psychologique ou psychique.
8. Tolérance marquée : besoin d’augmenter l’intensité ou la fréquence pour
obtenir l’effet désiré, ou diminution de l’effet procuré par un comportement
de même intensité.
9. Agitation ou irritabilité en cas d’impossibilité de s’adonner au comportement.
F. Certains éléments du syndrome ont duré plus d’un mois ou se sont répétés
pendant une période plus longue.

Si vous voulez approfondir le sujet, je vous invite à lire cette plaquette sur le thème de l’addiction, éditée par prevention-sante.com, qui me paraît très bien faite.

Voir aussi ¹ Se protéger, sans tomber dans les extrêmes   Prendre de bonnes habitudes   Se cacher pour mieux (?) être aimé

Plus dure sera la chute….

Ce film d’animation présente un résumé très mélancolique du phénomène de l’addiction, pour nous faire réfléchir…

Reconnaître ses excès et conserver sa liberté

Toute compulsion, tout excès sont des signes qu’il faut explorer, ils sont révélateurs d’un manque ou d’un déséquilibre. Que cachent-t-ils ? Que révèlent-t-ils ?

La première chose à faire, et parfois la plus difficile, est donc d’admettre sa compulsion, d’observer son excès. Parfois, la honte nous en empêche, comme c’est souvent le cas par exemple avec les addictions aux substances comme l’alcool ou la drogue.

Mais, parfois, on n’a vraiment pas conscience du problème, on confond addiction et passion et on valorise alors cet excès, on plonge dedans à fond et on s’en délecte… Cela peut être le cas par exemple pour le sport, qui est officiellement « sain ». Toute la question est juste de savoir si on a basculé dans le « trop »… Un « trop » qui met alors en danger notre équilibre intérieur, car toute dépendance est une perte de liberté¹… Quand on a  l’impression d’avoir choisi délibérément sa compulsion, on n’a pas toujours le recul nécessaire pour analyser les choses : mais si notre passion nous domine, c’est bien que notre libre-arbitre est en danger…

Voir aussi    ¹ Garder son indépendance d’esprit   Faire son bilan de l’année

Chassez le naturel, il revient au galop … ou sur la pointe des pieds…

Parfois, la solution indiquée pour se débarrasser d’une addiction est un substitut : on propose alors de remplacer sa compulsion par autre chose, de plus « sain » : par exemple, la cigarette sera remplacée par le chewing-gum ou la sucette, l’envie de sucré par du sport, etc.

Mais cela peut être aussi un piège, car le manque initial, source de l’addiction, est toujours là : le substitut est alors un dérivatif mais il ne résout pas le fond du problème. Par exemple, une personne accro à la cigarette peut mettre toute son énergie dans le sport, de façon compulsive… Une frustration sexuelle peut être dérivée sur la boulimie, ou le sport… Un changement d’alimentation pour lutter contre la boulimie peut basculer en orthorexie… Un manque affectif peut se manifester par une boulimie de rapports sexuels, etc…

Le déséquilibre renvoie à un manque ou un besoin fondamental…

Malheureusement, il n’y a pas de solution miracle et rapide pour se débarrasser d’un manque ou d’un vide qui sont parfois présents depuis l’enfance en nous, donc profondément ancrés. Il me semble cependant qu’il faut oser aller explorer sa zone d’ombre, et aller chercher la racine du problème, plutôt que juste couper la « mauvaise herbe » qui dépasse… La question est donc de trouver à quoi ce déséquilibre renvoie ? C’est souvent à un besoin fondamental : manque ou désir d’approbation/amour, de contrôle, de sécurité, de séparation ou de fusion¹ …

Plutôt que de se concentrer sur la conséquence de ce manque à combler, la façon dont il se manifeste (l’addiction), il me paraît intéressant de voir plus loin et de travailler sur le besoin de base initial… C’est probablement plus long mais plus efficace ; sinon, si le besoin à combler n’est pas « réparé », la compulsion risque de revenir, sous la même forme ou sous une autre…

Voir aussi   ¹ Avec le temps, va, tout va bien…      Prendre le temps de prendre la bonne décision

Comment réparer ce manque ou ce besoin fondamental ?

Cela peut nécessiter un travail de développement personnel de longue haleine. De nombreuses techniques et thérapies existent. Je pense qu’il faut aller vers celle(s) qui spontanément nous attire(nt), même si on ne comprend pas toujours pourquoi¹. Souvent, les thérapies se répondent, et s’il faut éviter de papillonner, il est cependant intéressant d’en explorer plusieurs, car elles s’adresseront probablement à des couches différentes de notre inconscient²…

Personnellement, ce qui a particulièrement bien fonctionné bien pour moi c’est, en vrac (liste non exhaustive ! ) :

Mais il y en a une infinité à explorer, à vous de trouver la ou les bonne(s) thérapie(s) pour vous, et aussi le bon interlocuteur … Comme le dit Maud Séjournant, dans « Le cercle de vie » , « Il existe de multiples manières de pratiquer. (…) La danse, le tai-chi, le yoga, sont de bons véhicules d’intégration.(…) Chacun doit trouver sa forme de pratique idéale, il en existe une multitude³. »

Voir aussi   ¹Suivre son élan        Ecouter son corps pour suivre son guide intérieur     ²Le soutien     Laisser son monstre intérieur sortir du placard   ³ « L’effet cocktail » de son développement personnel

Apprendre la sérénité intérieure et le détachement

Les thérapies peuvent nous apporter progressivement la sérénité intérieure : on se sent alors comblé, et on n’a plus besoin de chercher à l’extérieur des palliatifs¹ . Et elles peuvent aussi nous enseigner le fameux « lâcher prise« , le détachement nécessaires… Ainsi on peut retrouver sa liberté… et son équilibre².

Voir aussi   ¹Prendre soin de soi… pour mieux prendre soin des autres   ² La check-list pour une vie équilibrée     Et vous, que souhaitez-vous ?


Et vous ? Avez-vous conscience d’avoir des dépendances, des comportements compulsifs? Etes-vous équilibré en tout ? Et si vous essayiez de prendre du recul et d’observer vos excès ? Que disent-ils de vos besoins ou manques fondamentaux ?


2 réponses à “De l’excès à l’équilibre”

  1. JNS

    Bonsoir,

    j’ai je pense pour ma part déjà surmonté deux passages de type addiction dont j’ai réussi à me sortir de deux manières très différentes, une progressive et une plus brutale :

    – La plus ancienne était l’addiction aux jeux vidéo que j’ai traversée lorsque j’étais ado, je pouvais jouer pendant des heures sans m’arrêter et parfois même toute la nuit je me suis même des fois réveillé plus tôt pour pouvoir jouer avant de partir à l’école et c’est je pense l’élément déclencheur qui m’a fait prendre conscience de cette addiction et m’a fait m’interroger sur la nécessité de jouer autant, et j’ai réussi à diminuer progressivement la durée de jeu, pour revenir à des temps plus raisonnables et pour en fait beaucoup plus apprécier ces moments.

    – la seconde plus récente il y 5 ans était une boulimie de travail dans mon ancienne entreprise j’étais vraiment accro à ce boulot et ça a bien faillit me détruire de l’intérieur, il fallait toujours que j’en fasse plus je ne savais pas dire non et je voulais toujours faire les choses moi même sans déléguer,
    je me suis rendu compte que quelque chose clochait un jour lorsque je me suis surpris à crier sur mes enfants pour presque rien et la sonnette a retenti et je me suis mis a écrire ma lettre de démission et j’ai changé de travail…

    – actuellement je me demande si je n’étais pas sur le chemin d’une autre addiction mais avant d’écrire dessus je vais y réfléchir un peu plus et on en reparlera une autre fois

    J'aime

    Réponse
  2. JNS

    Bonsoir,

    j’ai je pense pour ma part déjà surmonté deux passages de type addiction dont j’ai réussi à me sortir de deux manières très différentes, une progressive et une plus brutale :

    – La plus ancienne était l’addiction aux jeux vidéo que j’ai traversée lorsque j’étais ado, je pouvais jouer pendant des heures sans m’arrêter et parfois même toute la nuit je me suis même des fois réveillé plus tôt pour pouvoir jouer avant de partir à l’école et c’est je pense l’élément déclencheur qui m’a fait prendre conscience de cette addiction et m’a fait m’interroger sur la nécessité de jouer autant, et j’ai réussi à diminuer progressivement la durée de jeu, pour revenir à des temps plus raisonnables et pour en fait beaucoup plus apprécier ces moments.

    – la seconde plus récente il y 5 ans était une boulimie de travail dans mon ancienne entreprise j’étais vraiment accro à ce boulot et ça a bien faillit me détruire de l’intérieur, il fallait toujours que j’en fasse plus je ne savais pas dire non et je voulais toujours faire les choses moi même sans déléguer,
    je me suis rendu compte que quelque chose clochait un jour lorsque je me suis surpris à crier sur mes enfants pour presque rien et la sonnette a retenti et je me suis mis a écrire ma lettre de démission et j’ai changé de travail…

    – actuellement je me demande si je n’étais pas sur le chemin d’une autre addiction mais avant d’écrire dessus je vais y réfléchir un peu plus et on en reparlera une autre fois

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