Vers l'équilibre…

Ne pas être victime d’une victime

les personnes se posant en victime font culpabiliser leurs interlocuteurs, ceux-ci doivent s'extraire de ce chantage affectif

« Je suis responsable de ce que je dis, pas de ce que tu comprends » Anonyme

En écrivant l’article « Le théorème de Calimero« , j’expliquais à quel point on a parfois tendance à blâmer le monde extérieur de tous nos maux au lieu de prendre notre part de responsabilité. A nous poser en victime, comme le petit Calimero qui geint en permanence : « c’est vraiment trop inzuste »¹. Aujourd’hui, et parce que nous endossons tour à tour tous les rôles au cours de notre vie, et selon nos interlocuteurs, j’aimerais évoquer le point de vue des « victimes » des victimes.

Voir aussi   ¹ Tomber sept fois, se relever huit    La vie est une grande danse qui ne s’arrête jamais

Une « victime » qui devient « bourreau » à son insu

On a tous rencontré des personnes qui se plaignent en permanence. A qui il arrive tous les malheurs du monde. Qui, dans la même situation que les autres, la vivent plus mal¹. Parfois, un mécanisme se met en oeuvre qui consiste à non seulement se poser en victime mais aussi, insidieusement, à récupérer de l’intérêt et de l’énergie en culpabilisant les autres, en leur faisant du chantage affectif. C’est bien sûr inconscient.

« La victime subjective est celle qui se perçoit victime, impuissante devant la vie en général, quelles que soient les circonstances : une croyance s’est installée – par exemple qu’elle n’a aucun pouvoir de manière générale, que le monde lui en veut, qu’elle n’arrivera à rien – et comme toute croyance bien installée s’autopropage, elle va se servir de toute circonstance pour prouver son identité de victime : « C’est toujours à moi que cela arrive !  » Elle va tout prendre personnellement car la victime subjective ramène tout à elle ; elle se vexe pour un rien, sa croyance négative sur elle-même surgit à la moindre occasion et fait qu’elle se voit l’objet (et non le sujet) de l’activité extérieure. » Maud Séjournant, La spirale initiatique.

La « victime » va se plaindre mais toujours rajouter « un petit plus », sous-entendant que c’est à l’interlocuteur de trouver une solution. C’est rarement sous une forme directe, comme si c’était à l’autre de deviner le malheur interne de la « victime ». Si l’autre ne l’aide pas, s’il n’est pas assez attentif à tous ses malheurs (et ils sont nombreux par définition), c’est lui qui devient bourreau… ²

Mon point de vue, c’est que c’est en fait la « victime » elle-même qui se transforme en bourreau sans s’en rendre compte, mais de façon détournée et subtile. Je vous invite à consulter sur le même sujet l’excellent article du blog Joy369, « Comment reconnaître une personne toxique ».

Voir aussi   ¹ Avec le temps, va, tout va bien…     ² Des racines et des ailes

Identifier une « victime »

Cela peut être sous la forme de petites phrases comme :

  • « oh là là, je suis vraiment épuisée d’avoir monté les courses » (sous -entendu : tu ne m’as pas aidé à les monter…alors que la personne n’avait rien demandé).
  • « est-ce que tu peux jouer avec moi… ah non, tu te reposes » (sous-entendu, je suis sympa, je te laisse te reposer mais quand même ce serait normal que tu me fasses passer en premier »)
  • « personne n’a changé l’ampoule des toilettes…ce n’est pas grave, je vais ENCORE faire pipi dans le noir » (sous-entendu, je n’attaque personne directement mais tu es responsable de cette situation et de tous mes autres malheurs en général)

Bien sûr, le ton de la voix qui accompagne ces phrases est très indicateur, souvent dans l’aigreur et le ressentiment, le soupir, le larmoyant, le « ce n’est pas grave », « tant pis », voire les sanglots¹.

Ce petit test trouvé sur Alternative Santé sur la triangulation bourreau/sauveur/victime donne d’autres indices :

Avez-vous une attitude de victime ?

  • Lorsque vous blâmez les autres pour vos problèmes;
  • Lorsque vous vous diminuez aux yeux des autres;
  • Lorsque vous attendez que quelqu’un vienne vous sauver de votre malheur;
  • Lorsque vous accordez plus d’importance aux perceptions que les autres ont de vous qu’à votre propre perception de vous-même;
  • Lorsque vous vous plaignez de vos problèmes sans rien faire pour les résoudre;
  • Lorsque vous jugez, blâmez, critiquez les autres parce qu’ils ne font pas ce que vous attendez d’eux;
  • Lorsque vous vous rendez malade afin d’obtenir l’attention des autres;
  • Lorsque vous rejetez le beau et le bon qui est en vous en rejetant votre propre valeur; etc.
  • Lorsque vous placez votre énergie uniquement sur ce qui est négatif dans votre vie sans jamais regarder ce qui est positif…
  • Lorsque vous faites du chantage affectif 

Voir aussi ¹  Ne pas faire d’une contrariété un malheur

La victime manipule l’autre en le culpabilisant

Le livre « La vision des Andes » de James Redfield décrit bien ce phénomène. Il explique comment, en situation de stress, nous avons tous tendance à endosser un rôle et un mécanisme de défense : les manoeuvres de culpabilisation qu’opère une Victime, les distances que prend un Indifférent, les critiques que lance un Interrogateur, ou les attitudes menaçantes d’un Intimidateur.

Dans le cas de la Victime, « dans ce scénario, la personne cherche à attirer les égards et l’attention de l’autre en manipulant sa sympathie. Lorsque vous entrez dans le champ d’énergie d’une Victime, vous êtes immédiatement plongé dans une relation où vous occuperez une position marginale. Vous vous sentez subitement coupable sans aucune raison, comme si l’autre vous avait imposé ce comportement.(…) La Victime est en quête de sympathie et cherche à vous rendre responsable de sa situation, d’une manière ou d’une autre. »

Le mécanisme des transferts d’énergie

Ces luttes de pouvoir sont notre façon instinctive de nous défendre et nous sentir mieux, car nous récupérons ainsi de l’attention des autres. Sa théorie est qu’un transfert d’énergie se met en oeuvre, et c’est ainsi que nous nous sentons mieux... au détriment de notre interlocuteur. « Si nous dominons l’autre au point de réussir à ce qu’il abandonne son point de vue, qu’il regarde le monde à notre façon, à travers nos propres yeux, alors nous accaparons deux énergies au lieu d’une. Nous éprouvons une sensation immédiate de pouvoir, de sécurité, d’autovalorisation, voire d’euphorie. »

N’avez-vous jamais ressenti à quel point certaines personnes nous donnent de l’énergie ? A quel point elles rayonnent et nous font rayonner à leur contact ? Ou, à l’inverse, combien on peut se sentir parfois fatigué au contact d’une personne proche, de façon inexplicable ? Il m’est arrivé de me sentir complètement épuisée, vidée de toute énergie, juste en présence de ma mère par exemple. Parfois sans aucune raison, aucune dispute ni discussion tendue. Juste par le fait d’être en contact. Certains utilisent d’ailleurs l’expression « vampire énergétique » ! C’est bien sûr un mécanisme inconscient. Mais dont il faut apprendre à se protéger¹. 

Voir aussi  ¹   De l’amour véritable et de la bienveillance

Se protéger et ne pas tomber dans le piège tendu inconsciemment par la « Victime »

Dans le cas de la « victime », mais c’est le même principe pour les autres mécanismes, la première étape consiste à identifier le schéma.

Puis à prendre du recul pour ne pas tomber dans le piège et se faire manipuler. En effet, c’est quand on prend conscience des mécanismes en oeuvre qu’on peut identifier son rôle et celui des autres et accepter de l’endosser… ou le refuser.

Puis à lui envoyer de l’attention et de l’énergie, mais en se protégeant et restant centré, conscient du phénomène, pour ne pas se laisser vider de son énergie¹.

D’une façon générale, ne pas entrer dans le jeu de la victime, en ne prenant pas le rôle attendu par l’autre (en s’extrayant physiquement ou verbalement de la situation, en répondant de façon totalement inattendue…). Maintenir fermement sa position. Essayer de rester à une position de témoin et non plus d’acteur².

Ensuite, s’interroger sur soi-même : notre sentiment de culpabilité est-il justifié objectivement ? Ou sommes-nous manipulé pour le ressentir?

Une autre étape, parallèle, consiste à mettre au jour le mécanisme et à faire prendre conscience à l’autre du schéma, lui montrant que l’on a identifié le processus (sans l’en accuser puisque c’est inconsciemment qu’il utilise ce schéma de défense, tout simplement pour se sentir mieux) et en discuter avec lui, faisant « un pas de côté » pour ne plus être en interaction directe dans le mécanisme. « Aucun jeu inconscient ne peut perdurer s’il est dévoilé et discuté franchement. »

La personne accepte ou non notre point de vue… il peut être à l’écoute, ou au contraire se fermer… mais ce n’est plus notre problème, c’est le sien. Après tout, « On est responsable de ce que l’on dit… mais pas de ce que l’autre comprend ».

Voir aussi    ¹ Rester centré    ² L’expérience de la plume de canard

Voir et s’extraire de son propre schéma instinctif

Peut-être la « victime » prendra-t-elle conscience de son mode de fonctionnement ? Dans le très joli magazine Happinez, dans un article intitulé « vivre dans l’amour » de Lisette Thooft, la journaliste décrit comment elle analyse et prend du recul sur son schéma, et cherche à s’en extraire. Je me permets de vous mettre ce petit extrait très instructif, montrant comment les mécanismes en oeuvre se cachent dans les situations quotidiennes les plus anodines..

« Mon mari et moi étions dans une gare, notre train devait partir une demi-heure plus tard et nous nous étions installés dans un bar pour y boire un café.J’ai demandé à la serveuse où étaient les toilettes, et elle m’a répondu : nous n’en avons pas, mais prenez ce couloir à gauche, continuez jusqu’au service des objets trouvés et dites-leur que vous venez de chez nous. Ils vous laisseront utiliser leurs toilettes. – Hum, je n’ai pas envie de faire tout ce chemin, ai-je soupiré. Tant pis, j’irai dans le train. » « – Mais cette dame fait de son mieux pour te rendre service », a réagi gentiment mon mari. A cet instant, je me suis rendu compte que j’avais parlé sur un ton larmoyant, avec l’espoir caché que mon mari me plaigne et, si possible, qu’il se sente même un tout petit peu coupable de ne pas pouvoir résoudre ce problème pour moi. J’avais essayé de poser sur son âme une sournoise petite griffe de dragon. J’ai immédiatement exposé mon analyse à mon mari. Celui-ci a confirmé s’être senti attaqué , il s’était même demandé, l’espace d’un instant : « à qui la faute ? Ai-je fait quelque chose de mal ? Ai-je choisi le mauvais bar ?  » Le simple fait d’en parler nous a permis de dissiper l’affaire. Et c’est toujours vrai : la franchise et l’honnêteté démasquent les rôles et mettent l’amour en lumière »

Le triangle dramatique Victime / Bourreau / Sauveur

Cela me fait également penser à la fameuse triade « Victime / Bourreau / Sauveur » de l’analyse transactionnelle dont je vous parlais plus haut, aussi appelée « le triangle dramatique » de Karpman. Selon cette théorie, nous endossons tour à tour un rôle de Victime, de Bourreau ou de Sauveur, selon notre interlocuteur. Si le sujet vous intéresse, je vous invite à vous y pencher de plus près car c’est un sujet passionnant mais difficile à résumer en quelques phrases. Vous pouvez commencer par ces deux articles :

et poursuivre par un ouvrage plus complet, par exemple « Victime, bourreau ou sauveur, comment sortir du piège » de Christel Petitcollin.

Victime, bourreau ou sauveur ? S’auto-analyser

Et moi ? Je me rends compte que j’ai tour à tour endossé les trois rôles au fil de ma vie, car c’est comme une « danse », on s’accorde et se met au diapason instinctivement avec l’autre, en fonction des besoins et manques respectifs et complémentaires… Victime, bourreau, sauveur¹...  Je les connais tous bien… Aujourd’hui je m’aperçois que je tombe souvent dans le « sauveur », il faut que je sois vigilante ! D’ailleurs, peut-être qu’écrire un blog sur le développement personnel n’est pas la meilleure thérapie pour m’extraire de ce schéma !

Voir aussi ¹  Le soutien   Encourager les bonnes volontés


Et vous ? Endossez-vous plutôt le rôle de la victime, du bourreau ou du sauveur ? Savez-vous prendre du recul et ne pas vous laisser influencer par les manipulations inconscientes de vos proches ?


2 réponses à “Ne pas être victime d’une victime”

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