Vers l'équilibre…

la thérapie de l’hibernation

se recentrer sur soi quand on est au bord de la dépression

« Ce n’est pas important de savoir… » Louise Gervais

Cet article aurait également pu s’intituler : « désamorcer une dépression naissante en trois jours. » ¹ Les trois jours en question étant passés, je retrouve mon énergie et l’élan naturel qui me pousse vers l’écriture, afin de partager avec vous mon blues passager et surtout mes réponses.

« La femme (ou l’homme) qui court avec les loups a besoin d’un temps pour se retirer, pour hiberner dans sa caverne, comme l’ours sait le faire ; c’est là que nous pourrons retrouver notre être profond authentique et infini. Au-delà des vicissitudes de la survie quotidienne, n’est-ce pas celui que nous sommes venus découvrir sur cette terre ? » Maud Séjournant, La spirale initiatique.

Voir aussi   ¹ Nos réponses face aux difficultés de la vie

Des étapes de vie propices à la dépression

De façon assez universelle, certaines étapes de la vie¹, même joyeuses en théorie, sont propices aux remises en question et aux épisodes dépressifs. Ce sont souvent des étapes de passage et de changement, de fin d’un projet, voire de « fin d’une ère » : baby-blues, qui parlera à certains et certaines… mais aussi wedding-blues, moins connu, que j’ai bien observé dans mon ancienne vie de wedding planner, voire même home-blues, une fois la maison finie d’être construite, ou post-travel-blues, de retour au pays, dont personne ne parle.

Cela résonnera particulièrement pour les personnes qui fonctionnent « en mode projet« , et ont toujours besoin d’avoir un but, un objectif à atteindre, un challenge pour avancer dans la vie et s’épanouir. (Je connais bien le sujet, je fonctionne ainsi ! Pourquoi croyez-vous que j’étais chef de projets dans 3 domaines différents ?)

Mais il y a aussi des moments de vie récurrents, annuels, propices à la déprime : le fameux TAS (trouble affectif saisonnier, quand la lumière baisse en automne et en hiver), le moment de la Tousaint, le jour de son propre anniversaire pour certains, des dates anniversaires douloureuses faisant écho à des deuils ou des ruptures, et, bien sûr, la fameuse période des fêtes².

Voir aussi  ¹ Savoir s’arrêter à temps    ²Joyeuses (?) fêtes ! 

Agir « à la racine »

Noël a été particulièrement difficile à vivre cette année pour moi. J’ai la « chance » de cumuler plusieurs facteurs, puisque pour moi les fêtes sont désormais associées à des souvenirs de ruptures et d’absences… J’ai senti la bonne grosse dépression commencer à pointer son nez le 24 décembre, accompagnée d’idées noires¹, très noires, et j’ai donc pris des mesures drastiques pour lui couper l’herbe sous le pied dès le 25.

Voir aussi ¹ Quelle oeuvre d’art seriez-vous ?

« Etouffer » la déprime ou l’accompagner ?

Pour suivre mon raisonnement, je vais vous faire un parallèle avec la santé. Quand une grippe s’annonce, par exemple, on peut le gérer de deux façons :

1) tenter de la contrer avec des médicaments, pour l’empêcher de se déclarer. Un bon Actifed pris au début d’un rhume et il n’y paraît plus. C’était ma méthode avant. Très efficace, il faut le reconnaître.

2) accompagner l’expression de la maladie, considérant qu’elle a une utilité et doit « sortir » au lieu d’être étouffée dans l’oeuf, car elle a une fonction pour le corps. La fièvre, par exemple, est un moyen pour l’organisme de brûler certains éléments toxiques. L’enrayer empêche le travail de nettoyage de se faire. La maladie est contrée, mais elle ressortira peut-être plus tard sous une autre forme. (Je sais que c’est une vision très controversée ! A manier bien sûr avec bon sens et précaution !)

L’équivalent de ces deux visions, pour la déprime, serait à mon avis le suivant :

1) tenter de la contrer avec des loisirs, des palliatifs, des substituts, pour l’empêcher de se déclarer. Selon son addiction, ses penchants, ses manques ¹ : une bonne dose de sorties, un penchant pour le chocolat, l’alcool ou autres substances, l’inscription frénétique à des sites de rencontres ², se plonger dans le travail… Toute recherche de compensation ou de sensation forte pour « anesthésier » le manque initial… Jusqu’à l’overdose… Le problème, c’est bien sûr que rien n’est réglé et que le trouble ré-apparaît dès que les stimulations cessent.

2) accompagner l’expression de la déprime, considérant qu’elle a une utilité et doit « sortir » au lieu d’être étouffée dans l’oeuf, car elle a une fonction pour l’esprit. L’enrayer empêche le travail de nettoyage psychologique de se faire. La déprime est contrée, mais elle ressortira peut-être plus tard sous une autre forme. Il s’agit de la reconnaître, l’apprivoiser, affronter ses émotions, pour mieux la désamorcer.

J’ai donc choisi la deuxième méthode, et voici mon « guide de survie » en 6 étapes…

Voir aussi ¹ De l’excès à l’équilibre    ² Aimer… ou être amoureux de l’amour ?

L’étape 1 : tout débrancher

Dans le mot « dépression », il y a « dé-pression », l’idée que lorsqu’on est dans le mouvement quotidien de la vie, la « tête dans le guidon », on est porté par l’énergie de l’action, et l’on trouve en nous des ressources inédites pour tenir… jusqu’au moment où la pression retombe, à l’occasion par exemple d’une période de vacances, une période de repos. (voire, dans les cas extrêmes, poussé par la vie vers le fameux « burn-out »‘.). On ne tient plus par la force « centrifuge » de la pression, et la dé-pression est alors la réponse logique et « naturelle » aux excès précédents.

Face à moi-même pendant 5 jours, j’ai senti que je n’avais plus le choix si je voulais rebondir. Je devais prendre des mesures extrêmes, et tout débrancher. J’avais en tête le témoignage d’une personne qui avait fait une méditation très particulière pendant 5 jours : dans le noir, sans nourriture, isolée, sans musique, sans lecture, sans aucune stimulation, sans rien ! Je n’avais ni l’envie ni le courage d’aller vers ces limites, mais cette idée m’a inspirée pour commencer une période d’hibernation.

J’ai donc prévenu mon entourage et ai décliné mes engagements, et ai décidé de faire une cure de « débranchement » ¹ : pas d’ordinateur, pas de musique ² (ceux qui me connaissent vont être stupéfaits !), pas de sorties, pas de nourriture (remise à niveau suite aux fêtes), pas de téléphone, pas de contacts avec mes amis (un comble après avoir écrit mon dernier article sur : « S’enrichir au contact des autres »…), pas de lectures, pas d’écriture… Une immobilité parfaite, un silence complet.  Juste Rien. Juste un énorme, un immense besoin de repos, de dormir, encore et encore. Et puis encore un peu plus.

Voir aussi ¹ Débranchez !     Bien (se) conduire sur le chemin de Vie    ² Retrouver une pièce de son puzzle

L’étape 2 : suivre ses rares envies

Le lendemain, j’étais au ralenti, sans but mais sans manque, une sorte d’état de zombie agréable et cotonneux. Sans horaires, sans contraintes, je devais juste (et ce n’est pas si simple !) écouter mes rares envies (dans les limites mentionnées ci-dessus).

Les voies de l’inconscient sont impénétrables (ou presque ! voir la suite plus loin) car mes deux seules envies étaient de prendre soin de moi et de mon corps ¹, et de faire du rangement et des lessives, sans doute pour clarifier mon esprit et me sentir bien dans mon intérieur² (dans les deux sens du terme). Ces rangements m’ont paru ambitieux et « titanesques » dans mon état de zombie, mais je les faisais par petites touches, « en pleine conscience », c’était très lent mais agréable.

Moi qui fonctionne toujours à l’énergie et aux excès, c’était une sensation assez inédite. Tout simplement suivre mes élans et « prendre le temps »... Est-ce que j’avais envie de faire ma méditation quotidienne ? Non ? Alors je ne me forçais pas. Est-ce que j’avais envie de rebrancher ? Non ? Alors je continuais ma cure d’hibernation…Est-ce que j’avais envie d’écrire ? Oui ? Alors je prenais mon cahier. Est-ce que j’avais envie de manger ? Oui ? Alors je me suis commandé des sushis végétariens ³…

Voir aussi  ¹  Prendre soin de soi… pour mieux prendre soin des autres    ² Mettre de la beauté dans sa vie      ³  Le jour où j’ai décidé de devenir végétarienne

L’étape 3 : faire face à son « monstre intérieur »

Dans ce contexte « au ralenti », des émotions ont commencé à émerger. Au lieu de les enfouir, je les ai observées, et écoutées, jusqu’au bout ¹. 

Mon « petit monstre intérieur » ² a commencé à me faire passer des messages, en particulier une colère énorme et stupéfiante ! De gentil petit monstre rond et coquin, il s’était transformé en dragon cracheur de feu redoutable. Je l’ai observé et l’ai « laissé s’exprimer », et il s’est apaisé petit à petit. Puis est retourné se rouler en boule et hiberner !

Un peu plus tard, des images terribles me sont venues à l’esprit : au lieu de les enfouir, je les ai vues, je les ai affrontées et confrontées, comme je l’expliquais dans l’article « Traverser ses peurs ». Après tout il faut bien que je mette en application ce que je préconise !³  Et puis, c’est passé… Tout cela m’a fait du bien.

Voir aussi  ¹ S’abandonner à l’émotion…   ²  Laisser son monstre intérieur sortir du placard    A la rencontre de son animal totem     Se cacher pour mieux (?) être aimé    ³  Mettre en application ses propres conseils… et ceux des autres

L’étape 4 : faire quelques exercices de développement personnel

Le lendemain, je me suis autorisée quelques lectures choisies avec soin. Je sentais qu’il fallait que je relise le merveilleux guide de Louise Gervais « L’énergie et la sagesse du monde » dont je vous parlais déjà dans l’article « Avec le temps, va, tout va bien ».

Ce livre propose avec simplicité et clarté beaucoup d’exercices, et j’en ai fait plusieurs, en fonction de mes envies et de mes ressentis ¹: EFT, technique de libération du globe, Release, etc. Cela m’a permis de relâcher certaines tensions, et en particulier de remarquer à quel point je restais crispée en permanence des mâchoires et des épaules. J’ai alterné lectures, réflexion, écriture, exercices et repos tout au long de la journée.

Voir aussi   ¹ Ecouter son corps pour suivre son guide intérieur

L’étape 5 : attendre le déclic

Bien sûr, le principe du « Euréka », c’est qu’il surgit au moment où l’on relâche son attention, où l’on lâche prise... Mon déclic est survenu au détour de ma lecture, au détour d’une phrase, qui m’a transpercée par sa justesse fondamentale : Louise Gervais décrivait un cas où elle avait utilisé plusieurs techniques, et elle concluait en disant : « il est fort possible que ce soit telle technique qui ait fonctionné (…), il est probable que (…), Ce n’est pas important de savoir. »

Je ne saurais pas vous dire exactement pourquoi mais la lecture de cette phrase pleine de bon sens, Ce n’est pas important de savoir, m’a fait soudain exploser de rire ! (rappelons le contexte de déprime initiale, ce n’était pas gagné !) Comme si cela remettait tout en perspective pour moi. Il est vrai que j’ai toujours tendance à me poser trop de questions.¹

Et, de fait, ce n’est pas important de savoir. Cela m’a soulagée d’un seul coup d’un poids énorme. Et j’ai réalisé à cette occasion à quel point j’avais de la chance. Après tout, ce n’est pas le processus qui compte, c’est le résultat. Et cette phrase me l’a rappelé. J’ai échappé récemment à une situation très difficile, et je me rendais soudain compte avec stupéfaction à quel point j’avais une chance inouïe, et, quitte à « retomber » dans la pensée magique où l’on croit que tout est signes et messages ² , à quel point je me sentais bien accompagnée…

Voir aussi ¹ Ne pas faire d’une contrariété un malheur      ² Plusieurs étapes de l’évolution de la Conscience

L’étape 6 : rebrancher en douceur

Depuis, le rire n’a pas cessé ! A chaque fois que je repense à cette phrase, j’explose de rire, c’est comme une détente, un relâchement intérieurs. Un ami m’a dit aujourd’hui que j’avais l’air radieuse… Il a vraiment vu l’avant et l’après…

Le lendemain, j’étais donc prête à rebrancher… Ré-écouter de la musique… Voir des amis… Et donc, entre autres, à reprendre la plume du clavier. J’ai juste décidé de le faire en douceur, et d’être vigilante sur mes excès habituels… J’ai promis de ne pas faire d’overdose cette fois…


Et vous ? Avez-vous déjà ressenti des épisodes de déprime, voire de dépression ? Comment les avez-vous gérés ? Etes-vous prêt à faire face à votre monde intérieur ?


3 réponses à “la thérapie de l’hibernation”

  1. JNS

    Bonsoir ma chère rédactrice, je vous remercie de cet article par lequel vous nous faites partager cette leçon de domptage et de désamorçage d’un début de dé-pression. Particulièrement le passage sur le « petit monstre intérieur »
    que j’essaierai moi aussi de laisser s’exprimer la prochaine fois que je l’entendrai.
    En y repensant, je pense que sans le savoir j’utilise actuellement assez souvent l’étape N°2, j’ai souvent le besoin de ranger, de mettre de l’ordre dans les papiers, les jouets des enfants, je pense qu’en faisant cela je remets de l’ordre dans mes pensées.
    Je vais bien relire cet article et le garder en mémoire afin d’être mieux armé pour affronter le prochain passage à vide, mais tout comme vous j’ai le sentiment d’être bien entouré.

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  2. Jégu

    Ton ton est juste ma bonne amie. Une pause peut faire du bien, s’écouter est bien la clef de tout mais encore faut-il se l’autoriser. Ah hiberner quelques jours, j’en rêverai! Ma dépression post-partum si tu lis ceci, réfléchis-y

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    • blogjourapresjour

      Il y a deux choses importantes en effet :

      1) trouver le temps, dégager activement du temps pour faire une pause – bien méritée… Cela s’organise, car cela ne tombera pas « du ciel ».. (relire l’article sur le secret de la gestion du temps et les gros cailloux…)

      2) comme tu le soulignes, se l’autoriser… car parfois le blocage vient du fond de soi…

      prends bien soin de toi…

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