Vers l'équilibre…

Aimer… Ou être amoureux de l’amour ?

« Je n’aimais pas, j’étais amoureux de l’amour ». Saint Augustin

Tout à l’heure, j’ai découvert une chanson de Bob Marley que je ne connaissais pas, « It hurts to be alone ».

Comme je me sens triste en ce moment, ce titre m’a interpellée  ; c’est alors que je me suis demandé si ce titre était pertinent dans mon cas, si je me sentais seule en général, ou seule parce qu’une personne en particulier me manque. Toute la question était d’analyser si c’était conjoncturel (en ce moment, face à une situation donnée précise) ou structurel. (parce que j’aurais un vrai manque affectif à combler et je supporterais mal la solitude en général)

Apprécier… ou pas ? la solitude

Je me suis rendue compte que, dans mon cas, la chanson serait plus juste avec un titre comme « it hurts to be without you ». Que j’étais donc dans une souffrance conjoncturelle, par rapport à cette personne en particulier. En effet, paradoxalement, malgré ma blessure, j’apprécie en fait beaucoup le fait de me retrouver en tête-à-tête avec moi-même. Contrairement à avant, où j’avais l’impression de n’être complète que quand j’étais amoureuse, maintenant je remarque que j’ai même tendance à me perdre de vue et à me « diluer », avoir du mal à y voir clair sur mon chemin de vie et à clarifier mes objectifs quand je suis en couple.

Les voies d’un déclic sont impénétrables…

Mais je vais faire mon coming-out : j’ai beaucoup évolué depuis quelques années car, avant, j’avais un vrai problème de dépendance… affective. Un problème avec le fait d’être seule, dans le sens sans relation amoureuse. C’est ce cheminement dont je voudrais vous entretenir ici, car ce témoignage peut peut-être éclairer d’autres personnes. Pour tout vous avouer, j’ai eu un véritable déclic le jour où j’ai acheté le magazine Voici… Il y a vraiment eu un avant et un après.

Avant le déclic : la dépendance affective

Dès ma première relation amoureuse, j’ai pratiquement toujours enchaîné les histoires d’amour, passant d’une personne à l’autre sans période de solitude, sans période de transition. Cela se faisait naturellement, en fonction de mes rencontres, aussi je ne me posais pas de questions. Je n’avais pas particulièrement besoin de chercher. Puis les relations se sont un peu moins enchaînées, et je suis passée alors par des périodes de célibat que je vivais très mal. L’autre me manquait, mais pas l’autre en tant que personne, l’Autre en tant que soutien moral, soutien affectif ¹. 

Voir aussi  ¹  Les 6 (+1) critères fondamentaux pour la réussite d’un couple

Se sentir comblé et complet quand on est à deux

Avec du recul, je me rends compte que j’étais dépendante de l’amour et de l’affection qu’on me portait, et que, au-delà de l’amour que je ressentais pour une personne précise, j’appréciais aussi (et surtout dirais-je aujourd’hui, même si je ne le réalisais pas à l’époque) énormément ce qu’elle pouvait m’apporter : confort affectif, admiration, ré-assurance, tendresse… 

Je me sentais comblée, totalement heureuse si j’étais amoureuse, et à l’inverse j’avais l’impression que je ne pouvais absolument pas atteindre le bonheur seule. Le fameux mythe de l’androgyne dans le Banquet de Platon, avec la métaphore de l’homme coupé en deux qui recherche son autre moitié pour être complet, la notion d’âme soeur, tout cela faisait vibrer une corde intérieure. « C’est de ce moment que date l’amour inné des êtres humains les uns pour les autres : l’amour recompose l’ancienne nature, s’efforce de fondre deux êtres en un seul, et de guérir la nature humaine. […] Notre espèce ne saurait être heureuse qu’à une condition, c’est de réaliser son désir amoureux, de rencontre chacun l’être qui est notre moitié, et de revenir ainsi à notre nature première. »

On ne devrait pas attendre l’amour de l’extérieur

Je me souviens qu’un jour où je participais à un stage de développement personnel sur l’enfant intérieur, avec la merveilleuse Marie-France Ballet de Coquereaumont, de Coeur d’enfant, elle avait indiqué : « On ne doit pas attendre que l’amour vienne de l’extérieur. On doit attendre l’amour de soi, et pas des autres. » Je n’avais pas du tout compris ce qu’elle voulait dire à l’époque, au point que je le lui avais fait répéter 3 fois pour être sûre de ne pas avoir mal entendu. J’avais noté cette phrase, car elle m’avait étonnée. Aujourd’hui, je comprends mieux…

Le déclic : le jour où j’ai réalisé que j’étais amoureuse de l’amour

Par un concours de circonstances qui m’a intriguée sur le moment, ne voyant pas où « le sort » voulait en venir ¹, je me suis retrouvée à acheter un magazine que je n’achète jamais d’habitude, et qui ne correspondait pas à mes préoccupations et mes lectures de l’instant : le magazine Voici. Le hasard peut être plein de malice…

Voir aussi  ¹  Etre attentif aux synchronicités de sa vie     Observer le code de la route de la vie

Aimer l’autre … ou ce qu’il nous apporte ?

Je suis tombée sur une citation d’une starlette quelconque, type Kim Kardashian, qui disait : « Je suis amoureuse de l’amour ». Cela m’a fait un déclic. (C’est après coup que j’ai appris que Kim Kardashian paraphrasait Saint Augustin ! )

J’ai réalisé en un centième de seconde que c’était mon cas depuis toujours, que je privilégiais le sentiment amoureux, mais pas la personne elle-même. Non pas que mes amoureux étaient interchangeables, je n’irais pas jusque-là, car j’étais très sincère dans mes élans, mais qu’ils étaient pour moi avant tout un support affectif. Que j’étais avec eux avant tout parce qu’ils m’apportaient quelque chose, et que malheureusement je ne les voyais pas dans leur globalité. « La plupart du temps, nous n’aimons pas la personne pour ce qu’elle est, avec ses propres désirs, mais nous l’aimons dans l’attente de satisfaire nos propres désirs. » Simone Weil

Loveaholic Anonymous

J’ai réalisé que c’était une forme de dépendance¹.  Comme il existe les alcooliques (alcoholics en anglais), les accros au travail (workaholics) ou au sexe (sexaholics), je faisais partie des « loveaholics », des dépendants affectifs, des dépendants de l’amour ². J’aurais pu être la fondatrice du réseau des « loveaholics anonymous », sur le modèle des célèbres AA (alcoholics anonymous), et, à en croire mes conversations avec de nombreux amis (surtout des femmes…), j’aurais recruté facilement des membres motivés ³ ! « On croit aimer et avoir le cœur ouvert, là où il n’y a finalement que demande d’être aimé et d’être reconnu. Combien de « je t’aime » devraient être traduits par des « aime-moi » ! » Jacques Ferber, dans un magnifique article intitulé « L’ouverture du coeur » que je vous recommande vraiment de lire au passage.

Voir aussi   ¹ La thérapie de l’hibernation   ² Traverser ses peurs   ³  De l’excès à l’équilibre      Sexe sans conscience n’est que ruine de l’âme… 

Après le déclic : apprendre à se sentir complet seul

« Et l’on se sent tout seul, peut-être, mais peinard ». Léo Ferré

Ce déclic, accompagné d’un long travail de développement personnel sur plusieurs années, m’a permis de réaliser que je devais me ré-approprier mon indépendance affective, et ne pas attendre mon bonheur de l’extérieur ¹. J’aime particulièrement cette citation de Bruno Berthelot, qui résume tout à mon avis : « Ne laissez dépendre votre bonheur de personne d’autre que vous ». 

James Redfield en fait une belle description dans son ouvrage « La vision des Andes » et le chapitre « Se sentir bien tout seul. » Comment savoir si vous avez réalisé cet équilibre d’énergie masculine et féminine et si vous avez suffisamment d’assurance ? Si vous vous sentez sécurisé et productif lorsque vous êtes seul, cela est à mon avis un signe. En clair, vous n’avez pas besoin de la présence d’un colocataire, ni d’être relié en permanence à d’autres gens. Vous vous sentez bien en préparant vos repas, vous êtes capable de les déguster non pas à grandes lampées debout devant la cuisinière, mais avec élégance, à la lueur d’une chandelle, sur une table que vous avez entièrement disposée. Vous organisez de temps en temps une sortie en solitaire, pour aller voir un film, prendre un verre, vous inviter à dîner, comme vous le feriez pour quelqu’un que vous aimez. De la même façon, vous devez prendre soin de vous-même du point de vue financier, faire des prévisions pour l’avenir, mener vos propres transactions et développer vos propres activités de loisir. La personne sur laquelle nous devons nous reposer pour atteindre la plénitude, c’est le divin que nous découvrons en nous. Cela n’est ni faire preuve d’égoïsme ni se mettre en retrait, ou se détacher de la société. Nos relations avec les autres ne seront saines que lorsque nous aurons assumé toute notre énergie intérieure. Alors seulement pourrons-nous envisager de vraies relations amoureuses.(…)Tant que nous attendrons que notre énergie vienne d’une autre personne, nous serons emprisonnés dans des luttes de pouvoir. »

Je vous mets également cet extrait de l’excellent article lu sur le site : « Le démotivateur » intitulé : « Comment faire pour gâcher votre vie sans même vous en rendre compte » :

Qu’est-ce qui nous pousse à vouloir vivre des histoires d’amour en avance rapide ? Pourquoi sommes-nous si obsédés par l’idée de trouver rapidement l’âme sœur- avant même de se trouver soi-même ?

Un amour qui n’existe que parce qu’il est facile et rapide, un amour qui se nourrit du seul besoin de dormir aux côtés de quelqu’un, un amour qui couvre notre besoin d’attention au lieu de satisfaire notre soif de passion, ce n’est pas un amour qui vous inspirera pour vous réveiller à 6 heures du matin.  Nous devrions rechercher un amour profond et sincère, le genre de relation qui vous pousse à vous dépasser pour devenir un meilleur homme ou une meilleure femme, privilégier ce qui est rare plutôt que ce qui se trouve directement à portée de main et qui est facile à atteindre.

« Mais je ne veux pas être tout seul », avons-nous souvent tendance à dire. Et pourtant, il faut apprendre à être seul, à manger seul, à dormir seul. Car dans ces moments-là nous apprenons énormément sur nous-mêmes. Nous grandissons, nous découvrons ce qui nous inspire, nous créons nos propres rêves et notre propre mode de pensée. Et le jour où vous trouverez une personne qui fera battre votre cœur, vous en serez absolument sûr, parce que vous serez absolument sûr de vous.

Soyez patient. Battez-vous pour cela, et si vous l’avez déjà trouvé, battez-vous pour le conserver, parce que c’est la chose la plus belle que votre cœur ne connaîtra jamais.

J’ai réalisé que je devais apprendre à m’aimer moi-même avant tout ² (aujourd’hui cela me paraît limpide, mais je me souviens à quel point je trouvais cela obscur auparavant ! )

J’ai découvert que c’est en étant accompli ³ que l’on attirera la personne accomplie qui aura envie de nous accompagner.

Et j’ai compris que c’est en se retrouvant soi-même, complet, que l’on peut alors compléter l’autre, et l’aimer vraiment ⁴ , dans la globalité de son âme, et non plus seulement pour ce qu’il vous apporte et pour les manques qu’il comble. C’est cela, l’amour véritable.

Voir aussi   ¹   Se faire une déclaration d’amour   ²  Prendre soin de soi… pour mieux prendre soin des autres   ³ L’allégorie de la grenouille cuite à petit feu    Déployer son arbre intérieur   ⁴  De l’amour véritable et de la bienveillance


Et vous ? Vous sentez-vous dépendant affectif, » loveaholic » ? Ne vous sentez-vous pleinement heureux qu’en couple ? Ou, au contraire, vous aimez-vous suffisamment pour apprécier de vous retrouver en tête à tête avec vous-même ?


2 réponses à “Aimer… Ou être amoureux de l’amour ?”

  1. maud

    très intéressant ton article, je suis tombée dessus par hasard … et moi aussi, je suis en chemin pour me retrouver moi dans ma plénitude et ne pas aller vers l’autre pour un combler un besoin mais pour l’envie d’être avec lui …

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